La dermatomyosite juvénile (DMJ) est une maladie rare et grave qui touche les muscles et la peau des enfants. Elle provoque une faiblesse musculaire importante, des douleurs, des lésions cutanées parfois sévères, et peut entraîner des complications lourdes comme des contractures ou des calcifications. Malgré les traitements actuels, certains enfants restent en échec thérapeutique, avec une maladie active pendant de nombreuses années. 

Une équipe française, issue notamment de l’hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP), de l’Institut Pasteur et de l’Université Paris Cité, rapporte dans une publication récente un résultat marquant : l’efficacité spectaculaire d’un nouveau traitement ciblé, le dazukibart, chez deux enfants atteints de DMJ sévère associée aux anticorps anti-TIF1γ

👉 Lien vers l’article scientifique : 
https://doi.org/10.1111/jdv.70059 

Pourquoi ces formes de DMJ sont-elles si difficiles à traiter ? 

La DMJ est une maladie inflammatoire liée à un dérèglement du système immunitaire. Un rôle central est joué par les interférons de type I, des molécules qui servent normalement à défendre l’organisme contre les infections virales. 

Dans certaines formes de DMJ, notamment celles avec anticorps anti-TIF1γ, cette voie des interférons est excessivement activée. Cela entretient une inflammation persistante des muscles et de la peau. 

Ces dernières années, les inhibiteurs de JAK (comme le baricitinib) ont permis des progrès importants. Cependant, 10 à 30 % des enfants ne répondent pas à ces traitements. C’est précisément le cas des deux patients décrits dans cette étude. 

Deux enfants en impasse thérapeutique 

Les auteurs décrivent : 

  • un garçon de 15 ans et une fille de 12 ans, 
  • atteints de DMJ sévère depuis respectivement 5,5 et 7 ans
  • avec une atteinte musculaire majeure, des lésions cutanées étendues, des contractures importantes et des calcifications, 
  • résistants à de nombreux traitements, y compris les inhibiteurs de JAK. 

La situation de la jeune fille était particulièrement grave : elle ne pouvait plus marcher ni se lever seule et nécessitait des échanges plasmatiques hebdomadaires et des traitements antalgiques lourds. 

Le dazukibart : une approche différente et très ciblée 

Le dazukibart est un anticorps monoclonal spécifiquement dirigé contre l’interféron bêta (IFN-β). Contrairement aux traitements plus larges, il agit de manière très précise sur une molécule clé de l’inflammation. 

Les deux enfants ont reçu le dazukibart en usage compassionnel, à la dose de 10 mg/kg toutes les 4 semaines. 

Les résultats sont rapides et marqués : 

  • Amélioration musculaire et cutanée dès la 4e semaine, confirmée sur plusieurs mois de suivi. 
  • Augmentation nette des scores de force musculaire (CMAS). 
  • Diminution importante de l’activité cutanée. 
  • Arrêt des échanges plasmatiques et des morphiniques chez la patiente la plus sévère. 
  • Reprise de la marche chez cette dernière. 
  • Possibilité de réduire progressivement les corticoïdes chez les deux patients. 
  • Amélioration des contractures. 
  • Évolution variable des calcinoses (amélioration chez une patiente, aggravation chez l’autre). 
  • Aucun effet indésirable observé pendant le suivi. 

Que nous apprend l’analyse biologique ? 

Les chercheurs ont étudié de nombreux marqueurs immunologiques avant et après traitement : 

  • Les taux d’IFN-β augmentent après traitement, probablement parce que l’interféron est lié à l’anticorps et circule plus longtemps. 
  • Les taux d’IFN-α diminuent, mais restent élevés. 
  • La « signature interféron de type I » globale n’est pas complètement supprimée, malgré l’amélioration clinique. 
  • En revanche, trois chimiokines inflammatoires clés (CXCL9, CXCL10, CXCL11) diminuent nettement. Ces molécules sont connues pour leur rôle dans les atteintes vasculaires de la DMJ. 

Ces résultats montrent que l’amélioration clinique ne passe pas forcément par une normalisation complète des marqueurs biologiques, ce qui est une information importante pour la recherche et le suivi des patients. 

Ce qu’il faut retenir pour les patients et les familles 

Cette publication apporte plusieurs messages forts : 

  • Le ciblage de l’interféron bêta est une piste thérapeutique très prometteuse dans certaines formes sévères de dermatomyosite juvénile. 
  • Même après des années de maladie active et d’échecs thérapeutiques, une amélioration rapide est possible. 
  • Tous les patients ne répondent pas de la même manière aux traitements existants : mieux comprendre les biomarqueurs permettra à l’avenir de proposer des traitements plus personnalisés. 
  • Ces résultats doivent maintenant être confirmés dans des études plus larges. 

Pour les familles confrontées à des formes sévères et résistantes de DMJ, cette étude représente un signal d’espoir concret, fondé sur une compréhension plus fine des mécanismes de la maladie. 

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