microbiote et maladies auto-immunes : un lien qui se confirme

 

Microbiote : quésaco ?

 

Quand on pense déséquilibre du microbiote, on pense souvent au déséquilibre du microbiote intestinal.

Rappelons qu’il existe au moins 6 microbiotes différents : ORL, pulmonaire, cutané, intestinal, urinaire, vaginal,  avec une composition particulière pour chaque microbiote (des bactéries pour l’essentiel, mais également des virus, des champignons, des levures et des protozoaires).
Si le rôle du microbiote peut être lié à des maladies chroniques souvent auto-immunes, il n’en n’est pas la seule cause.
  • Une association de plusieurs facteurs environnementaux, hormonaux, génétiques, médicamenteux, infectieux et psychologiques est fort probable.
Mais le lien  causal  du microbiote est fortement exploré depuis quelques années. Et ce n’est pas un effet de mode !

 

De nombreuses études en France et à l’international confirment  la présence d’un déséquilibre dans la composition de microbiotes appelé dysbiose  dans plusieurs maladies chroniques auto-immunes et/ou neurologiques. Pour ce faire, les chercheurs comparent le microbiote d’une personne en bonne santé et celui d’une personne souffrant d’une pathologie chronique : certaines bactéries qui vont être sous-représentées, d’autres surreprésentées.
Une dysbiose du microbiote intestinal est une des raisons qui va  rendre  perméables les parois de l’intestin.
Quelles sont les conséquences d’un déséquilibre d’un microbiote ?

En devenant perméable, la barrière intestinale va libérer des petites molécules, de l’ADN bactérien ou des composants de la paroi bactérienne – comme le lipopolysaccharide (LPS), un agent pro-inflammatoire. Ces petites molécules vont s’échapper de l’intestin et atteignent la circulation sanguine voire même le cerveau, et causent ou renforcent une inflammation ». C’est ce que l’on appelle la translocation bactérienne.

Si à  ce jour, et en l’absence de recherche, il n’a pas été prouvé : 
– d’une part qu’un déséquilibre d’un microbiote quelconque chez les personnes atteintes de myosite existe,
– et d’autre part qu’il serait en cause dans l’apparition de ladite myosite, les études détaillées ci-après concernant d’autres maladies auto-immunes et neurodégénératives peuvent  légitimement nous y faire penser.

 

déséquilibre du microbiote buccal : une nouvelle piste

 

La dysbiose peut toucher d’autres microbiotes que celui des intestins et peut également avoir un déséquilibre perturbateur important :
  • polyarthrite rhumatoïde / dysbiose du microbiote buccal

 

L’existence d’une  polyarthrite rhumatoïde (la maladie auto-immune la plus fréquente)  est très souvent lié à un microbiote buccal (ORL) en déséquilibre avec une parodontite, une affection dentaire (1). 
C’est une découverte récente qui se confirme (voir l’article en lien de Marie Desclos-Theveniau (INSERM).
Il faudra encore du temps de  recherche  pour connaître l’implication de ce microbiote dans l’apparition de la polyarthrite… qui plus est pour élaborer un traitement…

(1) parodontite :

Destruction progressive ou rapide du parodonte, tissu de soutien des dents – la 1ère étape de la parondite est la gengivite.

 

 

  • lupus / dysbiose du microbiote buccal

Même chose pour le lupus érythémateux disséminé (LED) qui est une maladie auto-immune très voisine de la dermatomyosite ou parfois en chevauchement avec cette dernière :

Une étude  chinoise de mai 2020 montre un déséquilibre (dysbiose) du microbiote buccal dans le LED. A noter qu’aucune différence dans la composition du microbiote n’a été trouvée -dans cette étude- entre les patients atteints de LED d’apparition récente et les patients traités.

Notons également que le microbiote buccal est en lien avec le microbiote intestinal : certaines bactéries buccales peuvent migrer jusqu’à l’intestin, s’y établir et en perturber l’équilibre.

dysbiose du microbiote intestinal & maladies auto-immunes

  • Sclérose en plaques
Et oui on en parle également pour la scléroses en plaque, une autre  maladie auto-immune ! Et là, on en vient à mettre en lumière de nouvelles connexions :
« l’axe microbiote-intestin-cerveau »
En lien un article paru sur le site « SEP Ensemble » qui détaille des études effectuée sur des souris :
Ces études indiquent que lorsque l’on transplante à des souris sans microbiote celui de souris malades, les premières développent une encéphalite auto-immune allergique avec une fréquence et une évolution similaire à celles des secondes.
On retrouve également un déséquilibre du microbiote intestinal dans les maladies d’Alzheimer et Parkinson, des maladies neuro-dégénératives.

 

  •  Myasthénie

Les patients atteints de myasthénie ont également une dysbiose du microbiote. Une étude de grande envergure qui terminera en 2023  démarre aux États-Unis avec l’objectif de rechercher des corrélations entre :

  • la composition du microbiote,
    déterminée par séquençage,
  • et la myasthénie évaluée grâce à des données fournies par les malades et issues de leur dossier médical.

la transplantation de microbiote fécal (TMF) dans les maladies auto-immunes – une thérapie d’avenir ?

Les tout premiers essais commencent à voir le jour, avec leurs limites et de multiples interrogations.

La transplantation TMF est un vrai succès pour lutter contre une maladie intestinale grave due à une bactérie  nommée « Clostridium difficile ». Elle semble également montrer son efficacité pour le Syndrome du côlon irritable.

Qu’en est-il pour les maladies auto-immunes ?

 

  • Sclérodermie :

L’hôpital d’Oslo a réalisé un essai de transplantation TMF sur 10 patients atteints de sclérodermie avec complications gastro-intestinales, dont  5 patients (durée de l’essai 4 mois). Le but de cet essai était d’améliorer lesdites complications. 2 résultats :  les complications gastro-intestinales ont été améliorées pour certains patients (4 sur 5) , et la diversité de la flore intestinale a été améliorée. Mais l’étude montre les limites de cette thérapie avec deux témoins placebo qui sont sortis de l’étude du fait d’événements indésirables graves liés à la procédure (lors de la gastroduodénoscopie), mais non liés au microbiote fécal transplanté.

  • Diabète de type I :

Plusieurs essais ont déja eu lieu de par le monde, et plusieurs ont des résultats positifs :

  • Essai belge et néerlandais  : la transplantation TMF  arrête la progression du diabète de type I en diminuant la production d’insuline endogène chez les patients récemment diagnostiqués atteints de diabète de type I (diabète d’origine auto-immune). (résultats parus en 2021)

 

La piste thérapeutique de la TMF dans les maladies auto-immunes de toutes sortes est évoquée dans de nombreuses études…

mais se posent de multiples interrogations :

  • Il reste à confirmer que la dysbiose est une cause dans les maladies auto-immunes et non une conséquence de celles-ci,
  • Il faut également trouver une signature spécifique à la dysbiose pour une maladie auto-immune (quelless sont les bactéries en trop grand nombre ou en nombre très insuffisant ainsi que celles qui ne devraient pas être présentes)
  • La procédure de transplantation n’est pas sans risque (infectieux par transmission de bactéries résistantes aux antibiotiques)
  • Comment bien sélectionner les donneurs ? Comment les échantillons de selles doivent-ils être préparés ? Comment apprêter le receveur à la transplantation ? Vaut-il mieux administrer le microbiote par voie haute ou par voie basse ? La TMF est-elle efficace lors des poussées ou pour maintenir la rémission ? Doit-on la renouveler et à quel rythme ?
  • Et gérer les effets indésirables…

Si la piste microbiote/maladies auto-immunes est confirmée : la transplantation TMF ne sera probablement pas généralisée rapidement. D’autres moyens thérapeutiques seront peut-être davantage privilégiés :

  • Une alimentation favorisant le développement des bactéries bénéfiques pour le système digestif.
  • Un traitement antibiotique court ciblant les espèces néfastes impliquées dans la physiopathologie de la maladie.
  • L’apport par voie orale de probiotiques, de prébiotiques, et de symbiotiques qui combinent pré et probiotiques.
  • Probiotiques et myasthénie : Une équipe italienne a montré que l’administration de 2 souches de bifidobactéries vivantes (des probiotiques) au début d’une myasthénie expérimentale chez le rat a des effets bénéfiques sur la progression de la maladie (action immunomodulatrice). Dans cette étude, l’amélioration des symptômes s’associe à une réduction des niveaux d’auto-anticorps anti-RACh spécifiques à la myasthénie.

(Voir l’essai italien décembre 2019)

 

Mais les probiotiques ne sont pas sans danger… Comme toute médication, ils peuvent avoir des effets secondaires. Des symptômes légers comme des ballonnements, des gaz accompagnés de maux de ventre modérés, ou encore une diarrhée passagère peuvent survenir mais aussi d’autres plus préoccupant  peuvent avoir pour conséquence des problèmes cérébraux par surproduction d’acide lactique (voir l’article Top santé).

Une alimentation spécifique peut aussi agir sur votre microbiote avec de moindres effets indésirables : kéfir, du chou kalé, des yaourts ou de la choucroute,… voir plus avec ce lien.

Si d’aventure, vous souhaitez prendre des probiotiques vendus en pharmacie ou sur le net, demandez conseil avant à un spécialiste de santé comme votre généraliste, ou encore mieux un gastro-entérologue.  Soyez prudents et conscients de la réalité sur ce secteur commercial bien juteux ! (ci-contre une vidéo de Que choisir).

Ces produits sont en vente libre, et sans réglementation. En France d’ailleurs, vous ne trouverez jamais sur ces boîtes la mention « probiotique ». Ci-après un article très complet donnant de nombreux conseils sur ces produits, notamment comment les choisir : Article « La vérité sur les probiotiques » Anthony Berthou

 

Carte d’identité du microbiote

Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il faudra encore 4 à 5 ans pour que la recherche sur le microbiote et les probiotiques se confirme.

En attendant, déjà sur le net, des sites vous proposent l’analyse ADN de votre microbiote.  Le bilan de ce test est censé vous donner la signature bactérienne de votre microbiote intestinal  ainsi qu’un comparatif avec celle de la population de référence. Il rend compte de tout déséquilibre du microbiote intestinal (qu’il soit appauvri ou enrichi). Ces tests ne sont pas remboursés par la sécurité sociale et il vous en coutera aux alentours de 200-300 Euros minimum !!! Mêmes conseils de prudence sur ces sites…

Les avis des spécialistes divergent et bon nombre vous diront que ces tests ont peu d’intérêt, surtout si vous n’avez pas de pathologie intestinale.

Lire l’article « Intestins : faire tester son microbiote, une bonne idée ? »  de Oihana Gabriel – 20 mn

 

Dans un futur pas si lointain, le contrôle du microbiote pourrait devenir un outil thérapeutique de prévention…

Reste aussi à comprendre pourquoi le (ou les) microbiote(s) se dérègle(nt) ainsi et à agir sur ces causes… vaste sujet…

par AEL
Anne-Elisabeth LAUNAY, Resp GIMI
(crédit photo mise en avant : « IntertIdal Biofilm and microbiotic inhabitants »par willapalens est sous licence CC BY-NC-SA 2.0)

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