Les myopathies inflammatoires font partie d’un ensemble plus large de maladies auto-immunes systémiques. Ces maladies comprennent notamment les myosites, le lupus, la sclérodermie ou encore la polyarthrite rhumatoïde. Elles apparaissent lorsque le système immunitaire se dérègle et attaque certains tissus de l’organisme.
Une étude publiée en 2025 dans Seminars in Arthritis and Rheumatism s’est intéressée à une question importante : certaines expositions très précoces dans la vie, notamment au tabac, pourraient-elles être associées au risque de développer une maladie auto-immune systémique ?
Cette recherche a été menée par des équipes du National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS) et des National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis.
👉 Lien vers l’article scientifique :
https://doi.org/10.1016/j.semarthrit.2025.152880
Une étude centrée sur les premières années de vie
Les chercheurs sont partis d’une idée de plus en plus étudiée : ce que nous vivons très tôt, pendant la grossesse, à la naissance ou dans l’enfance, peut influencer notre santé longtemps après. On parle parfois des « origines développementales » des maladies.
L’étude a inclus 329 enfants et 184 adultes. Parmi eux, certains étaient atteints d’une maladie auto-immune systémique, d’autres étaient leurs frères ou sœurs non malades, et d’autres encore étaient des personnes sans maladie auto-immune. Cette comparaison avec des frères et sœurs est intéressante, car elle permet de mieux tenir compte d’une partie du terrain familial et génétique.
Les maladies étudiées comprenaient plusieurs maladies auto-immunes systémiques. Dans le groupe pédiatrique, la majorité des patients atteints avaient une myosite juvénile, principalement une dermatomyosite juvénile. Chez les adultes, une part importante des patients avaient également une myosite : dermatomyosite, polymyosite ou myosite à inclusions.
Ce que montre l’étude
Premier résultat : les chercheurs n’ont pas identifié une complication précise de grossesse fortement associée au risque de maladie. En revanche, chez les enfants atteints, le nombre total de complications pendant la grossesse était plus élevé que chez les témoins non apparentés.
Le résultat le plus marquant concerne le tabac. Chez les enfants atteints d’une maladie auto-immune systémique, l’exposition au tabac était plus fréquente :
- pendant la grossesse : 20 % des enfants malades contre 4 % des témoins non apparentés ;
- dans le foyer avant l’âge de 3 ans : 14 % contre 3 %.
Chez les adultes, l’exposition au tabac dans le foyer pendant l’enfance, avant 10 ans, était également associée aux maladies auto-immunes systémiques lorsqu’on comparait les patients à leurs frères ou sœurs non malades.
Les chercheurs ont aussi étudié un facteur génétique connu, HLA-DRB1*03:01, associé à plusieurs maladies auto-immunes. Même après ajustement sur ce facteur génétique, l’exposition précoce au tabac restait associée aux maladies auto-immunes, chez les enfants comme chez les adultes.
Que peut-on en conclure ?
Cette étude ne prouve pas que le tabac provoque directement une myosite ou une autre maladie auto-immune. Elle montre une association : les personnes exposées très tôt au tabac semblent plus souvent concernées par ces maladies dans cette cohorte.
Les auteurs restent prudents, car l’étude repose sur des questionnaires remplis par les parents ou les participants. Il peut donc exister des erreurs de mémoire. Le nombre de participants reste aussi limité, ce qui est fréquent dans les maladies rares.
Mais ces résultats sont cohérents avec ce que l’on sait déjà : la fumée de tabac contient des substances capables de favoriser le stress oxydatif, d’endommager l’ADN, de modifier le fonctionnement du système immunitaire et même d’entraîner des changements épigénétiques, c’est-à-dire des modifications de l’activité des gènes sans changer leur composition.
Pourquoi cette étude est utile pour les patients ?
Pour la communauté des myopathies inflammatoires, cette publication rappelle que les maladies auto-immunes résultent souvent d’un dialogue complexe entre terrain génétique et environnement. Le tabac, en particulier pendant la grossesse et la petite enfance, apparaît comme un facteur environnemental modifiable qui mérite une attention particulière.
Cela ne doit pas culpabiliser les familles : une maladie auto-immune ne s’explique jamais par un seul facteur. En revanche, ces données renforcent un message de prévention clair : limiter l’exposition des femmes enceintes, des nourrissons et des jeunes enfants à la fumée de tabac est important pour la santé immunitaire à long terme.
Les auteurs appellent enfin à poursuivre les recherches, avec des études plus larges et des mesures plus précises de l’exposition au tabac, afin de mieux comprendre comment les premières années de vie peuvent influencer le risque de maladies auto-immunes rares.
Bonjour,
Je rentre de 4 semaines de réadaptation respiratoire et je trouve cet excellent document sur les méfaits, encore plus que ce qu’on pouvait imaginer, du tabac.
Merci pour ces informations que je fais passer à une amie qui souffre d’une spondylarthrite ankylosante + lupus.
Plus on informe, plus on peut lutter.
Cordialement,
Rpse